Produire davantage d’électricité sans agrandir votre toiture : c’est la promesse des panneaux tandem pérovskite-silicium. Leur principe consiste à superposer une fine couche de pérovskite à une cellule en silicium pour dépasser les performances des panneaux actuels.
Les records ont encore progressé en 2026. En juillet, LONGi a annoncé une cellule tandem atteignant 35,5 % de rendement. À l’échelle du module, le fabricant a aussi fait certifier 31,4 % sur un petit module de 0,17 m² et 29,4 % sur un grand module d’environ 1,7 m².
Oxford PV a déjà réalisé des livraisons commerciales, mais la production reste limitée et la montée en volume est annoncée à partir de 2027.
En France, l’offre n’est pas encore couramment accessible aux particuliers. Le principal verrou reste la durée de vie : les essais extérieurs sont encourageants, mais trop courts pour démontrer 25 à 30 ans de fonctionnement sur une toiture.
À retenir
- Le record cellule tandem pérovskite-silicium atteint 35,5 %, avec une certification ESTI annoncée par LONGi.
- LONGi a également fait certifier des modules tandem à 31,4 % sur 0,17 m² et 29,4 % sur environ 1,7 m².
- Oxford PV et Fraunhofer ISE ont fabriqué un prototype de toiture de 491 W, 1,92 m² et 25,6 % de rendement.
- Des modules tandem ont déjà fait l’objet de livraisons commerciales, mais ils ne sont pas encore couramment distribués aux particuliers en France.
- Le principal verrou reste la durée de vie : le recul disponible ne démontre pas encore 25 à 30 ans de fonctionnement.
- Les pérovskites les plus performantes utilisent du plomb, ce qui impose confinement et prise en charge adaptée en fin de vie.
Données vérifiées le 16 septembre 2026.

Comment le tandem dépasse les limites du silicium
Un panneau photovoltaïque au silicium ne transforme pas toute la lumière reçue en électricité. Certains photons ne transportent pas assez d’énergie pour être exploités.
D’autres en apportent davantage que la cellule ne peut en convertir, et cet excédent se dissipe sous forme de chaleur. Même avec de meilleurs procédés de fabrication, le silicium se rapproche donc progressivement de sa limite physique.
Une cellule tandem contourne en partie ce plafond en superposant deux matériaux. La couche supérieure en pérovskite capte surtout les photons les plus énergétiques. La cellule au silicium située dessous exploite une autre partie du spectre lumineux, que la première couche laisse passer.
Imaginez deux filets superposés avec des mailles différentes. Le premier retient certains poissons, puis le second récupère ceux qui lui échappent. En se partageant ainsi la lumière, les deux cellules réduisent les pertes.
Selon le Fraunhofer ISE, la limite théorique atteint environ 29,4 % pour le silicium seul, contre plus de 43 % pour un tandem pérovskite-silicium.
Ce potentiel explique les records actuels. Il ne garantit toutefois ni un panneau commercial à 43 %, ni une production équivalente sur votre toiture.
Cellule à 35,5 %, grand module à 29,4 % : les chiffres à comparer
En juillet 2026, LONGi a annoncé une cellule tandem pérovskite-silicium à 35,5 %, certifiée par l’ESTI. Ce chiffre mesure une cellule de recherche : ce n’est pas le rendement d’un panneau que vous pouvez commander.
À l’échelle du module, les records ont eux aussi progressé. Les Solar Cell Efficiency Tables recensent 31,4 % sur un module expérimental de 0,17 m² et 29,4 % sur un module LONGi beaucoup plus grand, d’environ 1,7 m². Le second se rapproche davantage des dimensions d’un panneau de toiture, sans être pour autant un produit vendu en série.
Oxford PV et Fraunhofer ISE ont suivi une autre voie : leur prototype de toiture affiche 491 W, 25,6 % de rendement et 1,92 m².
Il est moins performant que le record LONGi, mais sa taille et sa conception sont très proches d’un module résidentiel. Oxford PV avait déjà réalisé en 2024 une première livraison commerciale de modules à 24,5 %, destinée à un projet américain et non à la distribution résidentielle française.
| Niveau | Référence 2026 | Ce que le chiffre prouve |
|---|---|---|
| Record cellule | LONGi : 35,5 % | Potentiel de la cellule tandem |
| Record sur petit module | LONGi : 31,4 % sur 0,17 m² | Passage du record cellule au module |
| Grand module expérimental | LONGi : 29,4 % sur ~1,7 m² | Haut rendement sur une surface proche d’un panneau |
| Prototype de toiture | Oxford PV / Fraunhofer : 25,6 %, 491 W sur 1,92 m² | Faisabilité d’un format proche du résidentiel |
| Première livraison commerciale | Oxford PV : 24,5 % en 2024 | Commercialisation réelle, mais encore très limitée |

Attention aux pourcentages : à surface identique, passer de 22 à 25 % de rendement nominal correspond à environ 14 % de puissance crête supplémentaire, et non à un gain de 3 %. Ce calcul ne suffit pas à prévoir la production annuelle d’une installation.
Un record de cellule indique donc le potentiel d’une technologie. Il ne prédit pas directement le nombre de kilowattheures que vous produirez chez vous.
Ce que les panneaux tandem changeraient sur votre toiture
L’intérêt d’un panneau tandem dépend moins de la taille de votre facture que de la surface réellement disponible sur votre toit. À dimensions identiques, un module plus performant peut fournir davantage de puissance sans ajouter de panneaux.
Prenons une installation occupant 25 m², avec les mêmes conditions d’ensoleillement et sans ombrage. Un rendement de 22 % correspondrait à une puissance nominale d’environ 5,5 kWc. Avec des modules à 25 %, cette même surface atteindrait environ 6,25 kWc, soit près de 14 % de puissance supplémentaire.
| Rendement du module | Puissance théorique sur 25 m² | Gain par rapport à 22 % |
|---|---|---|
| 22 % | 5,5 kWc | Référence |
| 25 % | 6,25 kWc | Environ +14 % |
| 27 % | 6,75 kWc | Environ +23 % |
| 30 % | 7,5 kWc | Environ +36 % |

Les valeurs de 27 et 30 % servent ici à montrer l’effet d’un rendement plus élevé sur une surface donnée. Elles ne correspondent pas à des panneaux tandem résidentiels couramment disponibles en France.
Le bénéfice est simple : plus le rendement du module augmente, plus vous pouvez installer de kWc sur une même surface. Cet avantage compte surtout lorsque la toiture exploitable est limitée.
Pour calculer la surface réellement nécessaire, le nombre de panneaux et la puissance adaptée à votre maison, consultez notre guide de dimensionnement solaire.
Durée de vie, garanties et bancabilité : le vrai test
Battre un record de rendement ne suffit pas. Un panneau tandem devra conserver sa puissance pendant des décennies malgré l’humidité, la chaleur, les UV et les cycles thermiques. C’est encore le principal point d’interrogation.
Les essais extérieurs disponibles sont encourageants, mais courts. Une étude sur un tandem monolithique suivi pendant un an rapporte environ 80 % du rendement initial à la fin de l’essai. À l’INES, des cellules tandem développées par le CEA et 3SUN ont au contraire perdu moins de 1 % après neuf mois dehors.
Ces deux résultats portent sur des dispositifs et des protocoles différents : aucun ne démontre à lui seul une durée de vie de 25 ans.
| Résultat | Ce qu’il montre | Ce qu’il ne prouve pas |
|---|---|---|
| Tests accélérés en laboratoire | Résistance à certains stress | 25 ans sur une toiture |
| Quelques mois à un an dehors | Stabilité initiale | Durée de vie complète |
| Garantie commerciale | Engagement contractuel du fabricant | Vieillissement déjà observé sur 25 ans |
Deux garanties doivent aussi être distinguées. La garantie produit couvre les défauts du module ; la garantie de performance ou de puissance fixe le niveau minimal de puissance conservé avec le temps.
Sur les panneaux au silicium, leurs durées varient selon les marques et les gammes : une longue garantie de puissance ne signifie donc pas automatiquement une garantie produit de même durée.
Oxford PV indique actuellement 10 ans de garantie produit et de performance pour ses modules Gen 2 et annonce des garanties plus longues pour les générations suivantes.
Pour une technologie récente, la solidité financière du fabricant compte donc presque autant que la durée écrite sur la fiche technique. C’est ce que les professionnels résument par la bancabilité.

Plomb, recyclage et prix : trois questions encore ouvertes
Les pérovskites tandem les plus performantes contiennent du plomb. Des encapsulations et couches de capture peuvent limiter fortement les fuites après casse, mais ces résultats restent dépendants du dispositif testé : ils ne garantissent pas le comportement de tous les futurs panneaux tandem.
La directive européenne RoHS exclut de son champ les panneaux photovoltaïques destinés à un système conçu, assemblé et installé par des professionnels pour un usage permanent dans un lieu défini. Cette exclusion n’est donc pas une exemption générale de toute technologie photovoltaïque.
En fin de vie, les panneaux photovoltaïques relèvent de la réglementation DEEE. En France, la catégorie photovoltaïque dispose d’une filière REP dédiée, avec Soren comme éco-organisme agréé.
Côté prix, une analyse du NREL estime à 0,428 $/W le prix minimal soutenable d’un module tandem de référence à 25 % dans une usine américaine théorique de 3 GW/an. Ce n’est ni un tarif catalogue ni le prix posé chez un particulier français.
Tant que production de masse, durée de vie et prix installés restent incertains, comparer le coût réel d’un tandem à celui d’une installation silicium reste prématuré.

Premières livraisons : quand en acheter en France ?
Les tandems ne sont plus uniquement des objets de laboratoire. Oxford PV a réalisé en 2024 une première livraison commerciale de modules pérovskite-silicium à 24,5 %, destinés à un client américain du solaire à grande échelle. C’est une vraie commercialisation, mais pas encore une distribution de masse.
En septembre 2026, Oxford PV produit toujours à Brandebourg, en Allemagne, des modules destinés notamment à des projets pilotes. Le fabricant indique que les premiers modules tandem fabriqués en volume sont attendus à partir de 2027.
Sa feuille de route vise 27 % de rendement module en 2027 puis 30 % en 2030 ; ce sont des objectifs industriels, pas des dates garanties de disponibilité chez les installateurs français.
La distinction est donc importante : un panneau peut avoir été vendu commercialement quelque part sans être facilement achetable par un particulier en France.
À ce jour, l’offre tandem ne ressort pas comme une gamme résidentielle couramment distribuée sur le marché français.
Le vrai changement de statut viendra lorsque plusieurs références seront disponibles auprès d’installateurs, avec prix posé, fiche technique et garanties comparables aux modules silicium.
Verdict express : faut-il attendre les panneaux tandem ?
N’attendez pas les panneaux tandem si votre projet solaire est prêt aujourd’hui. Les technologies au silicium sont déjà largement distribuées et disposent de garanties produit et de performance clairement documentées.
En septembre 2026, les tandems sont assez avancés pour être surveillés, mais pas assez diffusés pour servir de base à un achat résidentiel courant en France. Si votre projet est prévu après 2027 et que votre surface de toiture est très contrainte, vérifiez alors leur disponibilité, leur prix posé et leurs garanties.
Pour choisir aujourd’hui entre TOPCon, HJT et cellules à contacts arrière, consultez notre comparatif des technologies photovoltaïques commercialisées.
Les panneaux tandem progressent, mais le silicium garde l’avantage aujourd’hui
Les panneaux tandem pérovskite-silicium ont franchi un cap : les records concernent désormais aussi des modules proches des dimensions utilisées sur les toitures. Il leur reste pourtant trois preuves à apporter au marché résidentiel français : tenir dans le temps, être produits en volume et devenir compétitifs une fois posés.
Vous équipez votre toiture maintenant ? Comparez les technologies réellement commercialisées dans notre guide des panneaux solaires. Votre contrainte principale est la place disponible ? Calculez séparément la puissance et le nombre de panneaux adaptés à votre toiture.

Pierre Chatelot est rédacteur en chef de ConstructionDurable.net, média dédié à la construction écologique et à l’habitat bas carbone. Diplômé en Aménagement du Territoire (Paris 1 Sorbonne), il a travaillé plus de 10 ans dans l’immobilier et le logement social, notamment comme directeur du développement d’un promoteur (150 logements livrés).
Spécialiste des matériaux biosourcés, de l’habitat léger et des énergies renouvelables, il a publié plus de 100 articles, lus par 50 000 lecteurs.