Une grande partie des granulés consommés en France est produite sur le territoire : selon les chiffres publiés par la filière pour 2025, la production nationale représente environ 80 à 90 % de la consommation. La France importe donc aussi des granulés.
Mais ce ratio ne dit rien de la provenance du bois contenu dans votre sac. Pour la vérifier, il faut distinguer la marque, l’entreprise indiquée sur l’emballage, le producteur, le site de fabrication et l’origine de la matière première.
À retenir
- La France produit la grande majorité des granulés qu’elle consomme, mais elle en importe aussi.
- Les granulés fabriqués en France utilisent surtout des connexes de scierie ; certaines usines emploient aussi directement du bois forestier.
- Marque française ≠ fabrication française ≠ bois français.
- ENplus, DINplus et NF renseignent d’abord sur la qualité et la chaîne certifiée.
- Pour vérifier la provenance, remontez du sac vers l’entreprise, le site de production et l’origine annoncée du bois.
Granulés importés : que montrent vraiment les chiffres français ?
Les publications de la filière ne donnent pas toutes le même volume pour 2025. Elles convergent toutefois sur un point : la production française couvre l’essentiel de la consommation nationale, sans la couvrir totalement.
| Publication | Production 2025 | Consommation 2025 | Production / consommation |
|---|---|---|---|
| Propellet, article du 7 avril 2026 | ≈ 2,2 Mt | ≈ 2,4 Mt | ≈ 92 % |
| Propellet, page « Chiffres clés », consultée le 4 octobre 2026 | 2,4 Mt | 2,9 Mt | ≈ 83 % |
| SNPGB, chiffres présentés au Propellet Event 2026 | 2,4 Mt | ≈ 3,0 Mt en métropole | ≈ 80 % |
Selon les chiffres retenus, le rapport production/consommation se situe donc autour de 80 à 90 %. Ce ratio décrit le marché : il ne signifie ni que 80 à 90 % des sacs contiennent du bois français, ni qu’un sac précis a été fabriqué en France.
Au Propellet Event 2026, le SNPGB a également estimé à environ 650 000 tonnes les importations destinées à la France métropolitaine. Plus de 300 000 tonnes auraient été fournies depuis la Belgique, premier pays fournisseur cité.
Un pays fournisseur n’est pas nécessairement le pays où le granulé a été produit ni celui où l’arbre a poussé.
La France exporte également des granulés. Les statistiques nationales ne suffisent donc pas pour connaître l’origine de votre sac.
Avec quel bois fabrique-t-on les granulés ?
En France, la matière première provient principalement des connexes de scierie : sciures, copeaux, chutes et autres fractions obtenues lorsque les scieries transforment les grumes en planches, charpentes ou autres produits.
Le principe est simple :
grume → bois d’œuvre + connexes → granulés, panneaux, papier ou autres valorisations
Parler systématiquement de « déchets » est donc trompeur : ces matières ont une valeur et plusieurs débouchés.
Les pellets contiennent-ils uniquement de la sciure ?
Non. Certaines usines utilisent aussi directement des ressources forestières : petits bois, rondins d’éclaircie, bois sanitaires ou bois de moindre qualité. Propellet signale ainsi quelques unités qui utilisent des rondins d’éclaircie comme matière principale ou en complément des connexes.
La certification ENplus A1 n’impose donc pas un granulé fabriqué uniquement à partir de sciure : son référentiel autorise aussi bien le bois de grume que les connexes non traités.
La part de chaque matière varie selon les producteurs : aucun pourcentage national unique ne décrit correctement tous les granulés vendus en France.
Résineux, feuillus, additifs : que contient un granulé ?
Selon une étude de la filière publiée en septembre 2020, les granulés français sont majoritairement issus de résineux ; des granulés mêlant feuillus et résineux existent aussi.
Un granulé n’a pas besoin de colle ajoutée pour tenir : la lignine, un composant naturel du bois, joue le rôle de liant lors du pressage.
ENplus n’impose pas pour autant « zéro additif ». La norme autorise jusqu’à 2 % d’additifs dans la masse du granulé, par exemple de l’amidon ou de l’huile végétale.
Que signifie vraiment « granulés français » ?
Une marque française peut vendre un produit fabriqué par une autre entreprise. Une société française peut exploiter des sites dans plusieurs pays. Une usine située en France indique où le granulé est produit, pas nécessairement où le bois a poussé.

Autrement dit :
marque française ≠ société française ≠ usine française ≠ bois français
La mention « fabriqué en France » renseigne donc sur la transformation du produit. Pour connaître l’origine forestière de la matière première, il faut une information supplémentaire.
Comment vérifier la provenance d’un sac de granulés ?
1. Repérez l’identifiant ENplus sur le sac
Un identifiant ENplus comporte deux lettres suivies de trois chiffres. Les lettres indiquent un pays ; les chiffres distinguent un producteur d’un négociant. Vous le trouverez près du logo ENplus et de la classe de qualité.
2. Regardez la plage des trois chiffres
De 001 à 299, l’identifiant est celui d’un producteur. Les deux lettres correspondent alors au pays de production : la norme ENplus interdit qu’un même certificat regroupe des usines situées dans plusieurs pays.
Un identifiant « FR » de cette plage désigne donc un producteur dont les usines certifiées sont en France. Le même raisonnement vaut pour « BE », « DE » ou « ES » : un identifiant producteur étranger est l’indice le plus direct d’un granulé importé.
Dans tous les cas, il ne dit rien de l’origine du bois.
De 301 à 899, l’identifiant est celui d’un négociant, qu’ENplus appelle « distributeur ». Le code pays renvoie alors à l’entreprise commerciale : un identifiant « FR » de cette plage ne prouve pas que le granulé a été fabriqué en France.
3. Vérifiez l’identifiant dans la base officielle
Cherchez l’entreprise dans la liste des producteurs certifiés ou dans celle des distributeurs certifiés. Vous y vérifiez que le certificat est actif, le rôle de l’entreprise, son pays et sa ville.
Ce contrôle compte, car le numéro imprimé est celui de l’entreprise qui a fait approuver l’emballage, pas forcément de celle qui a rempli le sac : ENplus admet qu’une entreprise ensache ses granulés dans l’emballage d’une autre, avec son autorisation.
Si votre sac porte seulement DINplus ou NF Biocombustibles solides, appliquez la même logique : recherchez le titulaire dans la base officielle correspondante et vérifiez si le certificat identifie un fabricant ou un site de production.
4. Remontez jusqu’à l’usine et à la matière première
Consultez ensuite les documents du producteur : sites de fabrication, matières utilisées, zone d’approvisionnement, certifications forestières ou label d’origine.
Distinguez toujours une déclaration du fabricant d’une preuve délivrée par un tiers. Si une entreprise annonce que son bois provient d’un rayon de 100 km autour de l’usine, cette affirmation reste une déclaration tant qu’un document indépendant ne la confirme pas.
5. Notez où la piste s’arrête
Certaines recherches conduisent jusqu’à l’usine et à la matière première. D’autres s’arrêtent au négociant ou à la marque. Dans ce cas, ne déduisez pas ce que les documents ne disent pas.
Posez alors trois questions au vendeur ou au service client :
- Dans quelle usine ces granulés ont-ils été pressés ?
- Quelle est l’origine annoncée du bois utilisé ?
- Quel document permet de vérifier cette origine ?
L’absence de réponse est elle-même une information sur le niveau de traçabilité disponible.

ENplus, DINplus, PEFC : que prouvent vraiment les labels ?
| Signe | Renseigne surtout sur | Ne prouve pas automatiquement |
|---|---|---|
| ENplus | Qualité du granulé et chaîne certifiée | Bois français |
| DINplus | Qualité du combustible et contrôle de production | Origine française |
| NF Biocombustibles solides | Qualité et conformité | Nationalité du bois |
| PEFC | Gestion durable des forêts et chaîne de contrôle | Origine France |
| FSC | Gestion responsable des forêts et chaîne de contrôle | Origine France |
| Bois de France | Origine française majoritaire et transformation en France | 100 % de bois français |
ENplus, DINplus et NF répondent d’abord à une question de qualité du combustible.
PEFC et FSC concernent la gestion durable ou responsable des forêts et la chaîne de contrôle associée. Si vous cherchez des granulés issus de forêts gérées durablement, ce sont ces deux logos qu’il faut regarder.
Mais une forêt certifiée peut se trouver en France comme à l’étranger : ils ne prouvent pas une provenance française.
Bois de France est le signe le plus directement géographique de cette liste : il impose au moins 80 % de bois issu de forêts françaises, avec transformation et assemblage réalisés en France. Vérifiez néanmoins que le produit précis est bien couvert par le label.
La règle à retenir est simple : qualité du pellet, gestion durable de la forêt et origine géographique sont trois informations différentes.
Deux cas pour apprendre à lire un sac
Ces exemples montrent la différence entre ce qu’un fabricant affirme et ce qu’un registre indépendant confirme.
Biosyl : déclaration du fabricant et preuve indépendante
Biosyl annonce fabriquer ses granulés avec 40 % de connexes de scierie et 60 % de bois forestier : des rondins de qualité insuffisante et des arbres malades, que le fabricant appelle « résidus ».
Derrière la marque, la liste ENplus identifie la société BIOSYLVA sous l’identifiant FR 005, certificat actif, à Cosne-Cours-sur-Loire.
Le registre Bois de France affiche lui aussi un certificat valide pour BIOSYLVA SAS, dans la catégorie « Produits énergie » : ici, c’est le seul élément indépendant qui porte sur l’origine française du bois.
Le ratio 40/60, lui, n’est couvert par aucun des deux registres. Il reste une déclaration de Biosyl.
La leçon : une information précise publiée par le fabricant n’est pas automatiquement une information certifiée.
Piveteau HP+ : l’identifiant donne le pays, pas l’usine
Le groupe Piveteaubois possède des sites en Vendée, en Corrèze et en Pologne. Pour ses granulés HP+, il annonce une fabrication en Vendée et en Corrèze, à partir de sciures et copeaux de résineux français, sous un seul identifiant ENplus : FR 037.
Un identifiant pour deux usines : FR 037 indique donc le pays de production, pas le site qui a fabriqué votre sac.
Le registre Bois de France affiche un certificat valide pour PIVETEAU BOIS, catégorie « Produits énergie ». Il appuie l’origine française annoncée, sans citer le produit HP+.
La leçon : partez du produit précis, puis distinguez pays de fabrication, usine et origine du bois.
→ Voir l’annuaire des fabricants de granulés et leurs informations de traçabilité
Granulés et forêt : une ressource qui augmente mais se fragilise
La forêt française s’étend : elle couvre 32 % du territoire hexagonal. Mais elle se fragilise. Selon les Indicateurs de gestion durable publiés en juillet 2026, le volume d’arbres morts est passé de 8,5 à 15,2 millions de m³ par an entre 2005-2012 et 2014-2022.
Sur la période 2015-2023, la part récoltée du bois qui pousse chaque année, mortalité déduite, atteint 73 %, contre 50 % en 2005-2012. Le bois reste abondant, mais il n’est pas illimité.
Un rapport du Sénat de juillet 2025 rappelle la logique de la cascade des usages : privilégier le bois d’œuvre puis les usages industriels avant l’énergie lorsque la qualité du bois le permet.
Lors du sciage, environ 40 % d’une grume deviennent des connexes (copeaux, sciures et chutes) qui peuvent alimenter les panneaux, le papier ou les granulés. C’est en valorisant ces connexes et les bois de moindre qualité que les granulés trouvent leur place dans cette cascade.
C’est une raison de plus de demander quelle matière utilise le producteur de vos granulés.
Avant d’acheter vos granulés : quatre vérifications
Vous n’avez pas besoin de reconstituer toute la filière bois pour choisir vos granulés. Vérifiez quatre choses : qui commercialise le sac, qui le produit, où il est fabriqué et quelle origine du bois peut être documentée.
Une marque française, un numéro ENplus ou un label ne répondent pas seuls à toutes ces questions.
La bonne question n’est donc pas « Est-ce une marque française ? », mais « Quelle provenance puis-je réellement vérifier ? »

Pierre Chatelot est rédacteur en chef de ConstructionDurable.net, média dédié à la construction écologique et à l’habitat bas carbone. Diplômé en Aménagement du Territoire (Paris 1 Sorbonne), il a travaillé plus de 10 ans dans l’immobilier et le logement social, notamment comme directeur du développement d’un promoteur (150 logements livrés).
Spécialiste des matériaux biosourcés, de l’habitat léger et des énergies renouvelables, il a publié plus de 100 articles, lus par 50 000 lecteurs.