Le chauffage au bois utilise une énergie renouvelable, mais sa combustion rejette des particules fines et d’autres polluants. Selon l’appareil, son âge et la façon dont vous l’utilisez, les écarts peuvent être considérables.
Une cheminée à foyer ouvert, un vieil insert, un poêle récent à bûches ou un appareil à granulés ne se valent donc pas. Et ce qui sort de votre cheminée n’est pas forcément ce que vous retrouverez dans l’air de votre rue ou de votre logement.
Après cette lecture, vous pourrez situer votre appareil parmi les plus ou moins émetteurs, comprendre ce qui peut dégrader l’air chez vous et identifier les gestes qui diminuent les émissions et votre exposition.
À retenir
- Selon l’Anses, sur l’hiver 2020-2021, le chauffage domestique au bois contribuait en moyenne à environ 40 % des concentrations extérieures de particules fines PM2,5 en France métropolitaine.
- Selon l’ADEME, à chaleur produite égale, un poêle à bûches datant d’après 2015 émet environ 4 à 5 fois moins de particules qu’un appareil à bûches installé avant 2005 ; un poêle à granulés datant d’après 2012, 40 à 50 fois moins.
- D’après l’Anses, les effets sur la santé semblent surtout liés aux appareils anciens et aux feux de bûches qui tournent au ralenti.
- Dans le logement, allumage, rechargement et retrait des cendres peuvent augmenter ponctuellement l’exposition aux polluants.
- Bois sec, bonne combustion, entretien et renouvellement de l’air réduisent émissions et exposition.
Les émissions ne sont qu’un critère de choix. Pour comparer aussi l’autonomie, le prix et les contraintes d’usage, consultez notre guide des poêles à bois à bûches, granulés ou mixtes.
Le chauffage au bois pollue-t-il vraiment ?
Oui. D’après l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, le chauffage domestique au bois contribuait sur l’hiver 2020-2021 à environ 40 % des concentrations atmosphériques de particules fines PM2,5 en France métropolitaine.
Les PM2,5 sont des particules dont le diamètre ne dépasse pas 2,5 micromètres. À cette taille, une particule est environ 30 fois plus petite que le diamètre moyen d’un cheveu humain, selon l’Agence américaine de protection de l’environnement.
Le chiffre de 40 % vient d’une modélisation : un calcul scientifique qui estime la contribution des différentes sources de pollution. Il porte sur une période précise, de décembre 2020 à février 2021. Il ne signifie donc pas que 40 % des particules présentes partout en France et tous les jours proviennent du bois.
Les émissions, c’est ce qui sort des cheminées. Les concentrations, c’est ce qui reste dans l’air de votre rue après dispersion et mélange avec les autres polluants.

Pourquoi trouvez-vous 40 %, 58 % ou 68 % selon les sources ?
| Chiffre | Ce qu’il mesure | Périmètre |
|---|---|---|
| 40 % | part des concentrations de PM2,5 attribuée au chauffage domestique au bois | France métropolitaine, hiver 2020-2021 |
| 68 % | part du secteur résidentiel et tertiaire dans les émissions nationales de PM2,5 ; l’essentiel provient du chauffage au bois | France métropolitaine, 2024 préliminaire |
| 58 % | part des émissions nationales de PM2,5 attribuée au chauffage résidentiel au bois bûche | France métropolitaine, 2024 préliminaire |
Sources : Anses (2026) ; SDES, le service statistique du ministère chargé de la Transition écologique, d’après l’inventaire Citepa édition 2025.
Le 68 % couvre tout le secteur résidentiel et tertiaire, alors que le 58 % concerne uniquement le chauffage résidentiel au bois bûche. Le 40 % répond encore à une autre question : quelle part retrouve-t-on effectivement dans l’air ?
L’écart s’explique notamment parce que toutes les particules présentes dans l’atmosphère ne sont pas rejetées directement par une cheminée ou un moteur. Le SDES rappelle que certaines se forment dans l’air par réactions chimiques et que d’autres sont transportées depuis l’étranger.
La tendance de long terme est néanmoins favorable : selon le SDES, les émissions françaises de PM2,5 ont diminué de 59 % entre 2000 et 2024, grâce aux progrès réalisés dans tous les secteurs, notamment le dépoussiérage industriel et l’amélioration des installations de combustion de biomasse et de chauffage individuel au bois.
Le chauffage au bois reste donc une source majeure de particules fines, mais les appareils ont fortement progressé. La différence entre une cheminée ouverte, un ancien insert et un poêle récent devient alors déterminante.
Foyer ouvert, insert, poêle ou granulés : quels appareils émettent le plus ?
Les foyers ouverts et les anciens appareils à bûches sont globalement les plus émetteurs, selon l’Anses. À l’autre extrémité, les appareils à granulés émettent généralement moins de particules. Entre les deux, l’âge de l’équipement et son utilisation font une grande différence.
Les anciens inserts restent nombreux
Dans l’enquête ADEME 2022-2023, les inserts et foyers fermés représentent 46 % du parc, contre 39 % pour l’ensemble des poêles.
Ils dominent aussi les équipements considérés comme peu performants : parmi les foyers ouverts et appareils installés avant 2005 à renouveler en priorité, 56 % sont des inserts ou foyers fermés anciens, contre 26 % de cheminées ouvertes.
Ce chiffre indique combien ils sont, pas combien chaque insert émet. Mais si votre insert à bûches date d’avant 2005, il appartient à la catégorie « appareil à bûches d’avant 2005 » utilisée comme référence dans les comparaisons de l’ADEME ci-dessous.
Cheminée à foyer ouvert : le cas le plus émissif
Le foyer ouvert est surtout utilisé pour l’agrément ou en appoint : seuls 7 % de ses utilisateurs en font leur chauffage principal.
Pour savoir si vous pouvez encore l’utiliser chez vous, vérifiez aussi la réglementation des cheminées à foyer ouvert.
Il reste pourtant le cas le plus défavorable dans les comparaisons de l’ADEME. Pour produire la même chaleur, un poêle à bûches récent émet environ 25 fois moins de particules fines et consomme 8 fois moins de bois. Un poêle récent à granulés émet environ 260 fois moins de particules.
Vous possédez une cheminée ouverte ? Installer un insert dans votre cheminée existante permet d’envisager le passage à un foyer fermé, sous réserve de compatibilité.
L’Anses recommande d’accélérer le renouvellement des équipements anciens, avec notamment le remplacement des foyers ouverts.
L’usage de ces cheminées peut aussi être restreint localement : voir les vraies restrictions sur le chauffage au bois.
Appareil à bûches ancien ou poêle récent : quel écart ?
| Appareil récent | Face à un foyer ouvert | Face à un appareil à bûches d’avant 2005 |
|---|---|---|
| Poêle à bûches datant d’après 2015 | ≈ 25 fois moins | ≈ 4 à 5 fois moins |
| Poêle à granulés datant d’après 2012 | ≈ 260 fois moins | ≈ 40 à 50 fois moins |
Source : ADEME. Comparaisons pour une même quantité de chaleur produite.
Ces repères ne permettent pas de classer précisément un appareil installé entre 2005 et 2015. Pour choisir entre les deux technologies, voir notre comparatif poêle à granulés ou poêle à bûches.
Poêle à granulés : beaucoup moins de particules, mais pas zéro
L’étude ADEME-Ineris ExploPAG, publiée en 2026, nuance le très bon résultat des granulés. Sur l’unique modèle testé, les particules solides restent faibles, mais les particules condensables (des composés des fumées qui deviennent des particules en refroidissant) peuvent représenter jusqu’à 50 % du total.
Elles restent mal prises en compte par les protocoles normatifs, c’est-à-dire les tests officiels utilisés pour caractériser les appareils.
Les mesures réalisées sur site n’ont pas montré davantage d’émissions qu’en laboratoire. Des pics de monoxyde de carbone (CO), un gaz toxique produit lors d’une mauvaise combustion, ont toutefois été observés, notamment en lien avec les réglages, l’entretien ou certains cycles de fonctionnement de l’appareil.
Le repère à retenir est donc simple : un poêle à granulés récent émet environ 40 à 50 fois moins de particules qu’un appareil à bûches d’avant 2005, mais il n’émet pas zéro polluant.
Chauffage au bois et santé : quels effets sont établis ?
La pollution liée au chauffage au bois est associée à des effets respiratoires, ORL (nez, gorge, oreilles) et cardiovasculaires. Elle peut notamment favoriser ou aggraver l’asthme ou la BPCO, une maladie chronique qui réduit progressivement la capacité à respirer.
L’Anses souligne un point important pour agir : les effets observés semblent surtout attribuables aux équipements anciens et aux appareils à bûches utilisés en combustion lente, c’est-à-dire avec un feu maintenu au ralenti.
Lorsque l’agence parle d’« indication forte », elle mesure la solidité des preuves disponibles, pas l’importance du risque pour chaque utilisateur.
Des effets respiratoires et cardiovasculaires bien étayés
Pour la pollution extérieure liée au chauffage au bois, l’Anses retient une indication forte d’effets respiratoires et cardiovasculaires à court terme, c’est-à-dire dans les jours qui suivent une hausse de la pollution.
Les études relèvent notamment davantage d’hospitalisations chez les adultes et les personnes de 65 ans et plus.
À l’intérieur des logements, l’indication est également forte pour certains effets respiratoires à long terme : notamment la BPCO avec des équipements anciens ou des foyers de cheminée, ainsi qu’une altération de la fonction respiratoire chez des personnes asthmatiques utilisant un poêle à bois ou une cheminée.
Un cran en dessous, l’Anses retient une indication « modérée » pour des irritations du nez, de la gorge ou des yeux.
Et le cancer du poumon ?
Pour l’exposition intérieure, l’association avec le cancer du poumon est classée « modérée » : les études vont dans le même sens, mais présentent des risques de biais importants.
Pour la pollution extérieure, les données sont insuffisantes : le lien n’est ni démontré ni écarté.
Qui doit être particulièrement vigilant ?
Les enfants, les personnes de 65 ans et plus et celles souffrant déjà d’une maladie respiratoire ou cardiovasculaire sont plus vulnérables.
Les gestes utiles sont détaillés plus bas dans « Comment réduire vos émissions et votre exposition ? ».
Poêle ou insert : que respirez-vous dans votre logement ?
Un chauffage au bois peut aussi contribuer à la pollution intérieure. Son impact varie toutefois selon l’appareil et son utilisation : insert, poêle à bûches et chaudière à granulés ne donnent pas les mêmes résultats.
Ce que montrent 259 maisons suivies en conditions réelles
L’Anses s’appuie notamment sur la deuxième Campagne nationale Logements. Entre 2020 et 2023, 259 maisons individuelles ont été suivies pendant une semaine en période de chauffe.
Pour mieux isoler l’effet du chauffage, l’analyse a notamment écarté les logements où les occupants avaient fumé, brûlé des bougies ou de l’encens, ou utilisé certains chauffages d’appoint à combustion.
Les concentrations de PM2,5 sont plus élevées lorsqu’un insert ou un foyer fermé fonctionne que dans les logements équipés d’un poêle à bois ou d’une chaudière à granulés.
Attention : la comparaison porte ici sur des appareils à bois entre eux, pas sur des logements sans chauffage au bois.
Les HAP, des polluants produits notamment lorsque la combustion est incomplète, sont aussi plus élevés lorsqu’un appareil à bois fonctionne que dans les logements chauffés avec d’autres énergies. Cette analyse n’a en revanche pas mis en évidence d’association avec les particules ultrafines, le formaldéhyde ou le dioxyde d’azote (NO₂).
Le chauffage n’est pas la seule source possible : l’Anses souligne que tabac, bougies ou encens peuvent générer des concentrations de particules et de HAP équivalentes, voire supérieures à celles attribuées au chauffage au bois.
Allumage, rechargement et cendres : des moments à surveiller
Les études examinées par l’Anses suggèrent que l’exposition intérieure peut augmenter lors de l’allumage, du rechargement et du retrait des cendres.
Pour limiter la remise en suspension des cendres, l’Anses conseille d’attendre le refroidissement de l’appareil puis de les aspirer avec un aspirateur dédié, réservé à cet usage.
Pour recharger ou décendrer un insert ou un poêle fermé, l’Anses recommande d’ouvrir la porte en deux temps : l’entrouvrir d’abord afin d’équilibrer les pressions et de limiter le retour de fumée, puis l’ouvrir complètement.

| Ce que vous constatez | Comment l’interpréter |
|---|---|
| Appareil fermé, sans fumée visible | pollution intérieure variable selon l’appareil et son utilisation |
| Allumage ou rechargement | hausse ponctuelle possible de particules |
| Décendrage | remise en suspension possible des cendres et particules |
| Fumée visible dans la pièce | situation anormale : appareil, conduit ou tirage à faire vérifier |
| Odeur de fumée venant de l’extérieur | des polluants extérieurs peuvent pénétrer dans le logement |
| Alarme CO, maux de tête, vertiges ou nausées | aérez, arrêtez si possible l’appareil, sortez et appelez le 15, le 18 ou le 112 |
Le monoxyde de carbone (CO) est un risque différent des particules fines : ce gaz toxique est incolore et inodore.
Comment réduire vos émissions et votre exposition ?
Avec un foyer ouvert ou un appareil à bûches d’avant 2005, remplacer l’équipement reste un levier majeur. Mais vos habitudes de chauffe comptent aussi.
Réduire ce qui sort du conduit
Brûlez du bois sec, à moins de 23 % d’humidité. Pour savoir comment choisir votre bois et contrôler son humidité, voyez comment améliorer le rendement réel de votre poêle à bois.
Selon l’enquête ADEME 2022-2023, 82 % des utilisateurs de bûches allument encore leur feu par le bas. L’ADEME recommande au contraire l’allumage par le haut : grosses bûches dessous, petit bois et allume-feu au-dessus.
Environ 30 % d’entre eux ont pour habitude une pratique fortement émettrice : la « flambée », avec une seule charge de bois laissée s’éteindre sans rechargement, ou le « mode nuit », avec un feu maintenu au ralenti. À éviter, tout comme le fait de surcharger le foyer ou de recharger trop tard.
L’entretien de l’appareil et le ramonage du conduit sont requis au moins tous les douze mois. Profitez de l’entretien pour faire contrôler notamment l’état des joints de porte. Des arrêtés locaux peuvent imposer plusieurs ramonages par an, dont un pendant la période de chauffe.
Réduire ce que vous respirez chez vous
L’Anses recommande de bien aérer le logement, même pendant la saison de chauffe. Les précautions concernant le rechargement, l’ouverture de la porte et le retrait des cendres sont détaillées dans la section précédente.
Pourquoi la fumée s’accumule-t-elle parfois dans votre quartier ?
Lorsque plusieurs appareils fonctionnent en même temps, les concentrations peuvent augmenter à l’échelle d’un quartier, surtout dans les vallées, les zones où l’air circule mal et lorsque le vent est faible.
D’après l’Anses, quelques études montrent que les concentrations liées au chauffage au bois peuvent atteindre leurs maxima le soir et pendant la nuit, en lien avec les périodes d’utilisation des appareils. Un second pic, plus faible, peut aussi apparaître le matin.
Ces polluants ne restent pas forcément dehors : plusieurs études concluent aussi à un transfert de la pollution extérieure vers l’intérieur des logements.
Au Bono (Morbihan), je constate régulièrement cette accumulation lors de journées d’hiver très calmes : l’odeur des cheminées voisines devient nettement perceptible autour de la maison. Une odeur ne permet toutefois ni de mesurer une concentration de PM2,5 ni d’identifier précisément l’appareil responsable.
Si ces fumées ou odeurs deviennent fréquentes et gênantes, Service-Public détaille les démarches possibles en cas de nuisance olfactive de voisinage.

Que vérifier chez vous ?
Un chauffage au bois n’est ni « propre » ni uniformément polluant. Avant votre prochain feu, vérifiez trois points :
- Votre appareil est-il un foyer ouvert, ou date-t-il d’avant 2005 ? Si oui, le remplacer est un levier majeur.
- Brûlez-vous du bois à moins de 23 % d’humidité, allumé par le haut, sans laisser le feu tourner au ralenti ? Sinon, ce sont les premiers gestes à corriger.
- Voyez-vous de la fumée dans la pièce ? Si oui, faites vérifier l’installation.

Pierre Chatelot est rédacteur en chef de ConstructionDurable.net, média dédié à la construction écologique et à l’habitat bas carbone. Diplômé en Aménagement du Territoire (Paris 1 Sorbonne), il a travaillé plus de 10 ans dans l’immobilier et le logement social, notamment comme directeur du développement d’un promoteur (150 logements livrés).
Spécialiste des matériaux biosourcés, de l’habitat léger et des énergies renouvelables, il a publié plus de 100 articles, lus par 50 000 lecteurs.